Noms et prénoms

L’identito-vigilance est un vrai sujet à l’hôpital.

Il est très fréquent qu’un patient soit enregistré sous plusieurs identités différentes. Il y a les noms à rallonge des brésiliens. Il y a aussi les noms des haïtiens qui sont très souvent des prénoms avec des prénoms qui ressemblent à des noms. Et donc facilement inversés. Par exemple les noms de famille les plus fréquents des haïtiens sont Jean, Pierre, Joseph, Louis, Charles, François. Cela tient à l’abolition de l’esclavage de 1848. Les esclaves étant considérés comme des biens meubles, ils n’avaient d’autre identité (marquée au fer rouge) que celle de leur propriétaire. Lors de l’abolition, on leur a attribué un patronyme : le plus souvent le prénom du père (d’où les Pierre, Joseph…) mais également celui de la mère (par exemple, on peut tomber sur un SOPHIE Bernard, Jeannette Fetus). Il pouvait également s’agir du nom du propriétaire (exemple : Courjoles, Labarrère, Labadie, Carrère…). Ou d’une particularité supposé de l’individu (Jolicoeur, …). Parfois la volonté d’humiliation dans le choix du nom était évidente (exemple : Cicéron). Le colonisateur a donc choisi de marquer toutes les générations suivantes du sceau de l’esclavagisme. Qui plus est, avec le temps, le nombre de noms tend à se restreindre mécaniquement et beaucoup de haïtiens se retrouvent à porter le même patronyme. Ce qui peut paraître drôle de premier abord pour le néophyte est en fait le témoignage d’une période dramatique. Mais les haïtiens ont choisi de se libérer de leur patronyme d’esclave par le choix complètement débridé de leurs prénoms. Il n’y a dans ce choix aucune limite ni aucune loi.  Quelques exemples : Kris-Sami (ami du Christ), Chimène (en fait signifie née sur le chemin de la maternité !), des combinaisons des prénoms du père et de la mère, des prénoms religieux (Dieucibon, SaDieuvle…), des noms de vedette orthographiés à la créole, des prénoms composés à rallonge (exemple : Cenezy Orsha Queen-Arckyensha)…Finalement ces choix qui peuvent paraître farfelus les libèrent du poids de leur histoire tout en leur rendant leur identité volée.


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