Lorsque l’on prend ses quartiers dans une nouvelle ville, il faut bien sûr apprendre à la connaître. Mais il s’agit en premier lieu de se l’approprier, la faire sienne et finalement la rendre familière.
On commence par la routine du chemin qui nous conduit à l’hôpital à vélo chaque matin vers 7h30. Tenue de pluie : T-shirt léger, maillot de bain ou short sans sous-vêtement (pas pour Caro, comme elle vient de me le signaler😅), chaussures de plage. En sortant de l’impasse de notre lotissement (des villas de plein pied avec jardin), on rejoint la route de Suzini puis on tourne à droite pour prendre la route des Encens. En quelques centaines de mètres, les villas laissent la place aux immeubles (la cité Mont Lucas) sur la droite et ce que je nomme « la petite Haïti » sur la gauche. Chemins défoncés de terre rouge qui se fraient un passage entre des barricades de tôles. Poubelles qui débordent. Deux pompes à bras entourées d’une grille verte. Hommes, femmes, enfants, munis de bidons viennent s’y approvisionner en eau. On double les voitures qui bouchonnent au croisement de la route de Tarzan. On prend à gauche entre deux collines (la montagne du Tigre) peuplées d’habitats informels. On contourne une grande ornière emplie d’eau et marquée par des pneus. Des adolescents en uniforme bleu : on rejoint le collège Justin Catayée et on tourne sur la D3 en prenant sur le trottoir. Fin de la « petite Haïti ». On longe le cimetière. Sur chaque tombe, des fleurs aux couleurs criardes…en plastique ! On longe la D3 sur le trottoir en évitant les étudiants puis piste cyclable jusqu’à une petite route sur la droite. Arrivée à l’hôpital. Tous les couloirs sont à l’air libre. Montée des vélos jusqu’au premier étage (trop de vols à l’extérieur). Chemin inverse le soir sauf le lundi où Caro a orchestre et mardi où j’ai course à pied.
Pour connaitre un lieu, il faut aussi savoir s’y perdre. Une fois par semaine, je tente une nouvelle route pour aller de l’hôpital à la maison en footing. Lampe frontale très souhaitable même si je l’éteins souvent pour être plus discret selon les quartiers. Pour trouver un chemin qui passe par la colline, il faut beaucoup tâtonner. Se heurter aux impasses des beaux quartiers. Monter, redescendre, tenter d’éviter les routes sans trottoirs. Finalement trouver un espèce de sentier. Je finis toujours par me retrouver dans la petite Haïti (photo).

Je me suis même perdu de nuit dans la cité Mont Lucas ! Autre expérience : aller courir avec Oscar sans lampe frontale sur le sentier des Salines, se faire surprendre par la nuit. Et terminer dans le noir complet, en forêt, guidé par la lumière des lucioles ! Le samedi matin, je pars vers 6h30 explorer en footing les chemins alentours pour pouvoir y revenir le lendemain avec Caro. Le chemin du mont Bourda traverse la forêt tropicale et se termine sur la plage Zéphir (où viennent pondre les tortues). Quand on longe la plage, on peut rejoindre (il faut trouver les passages car rien n’est indiqué) le sentier du Montabo, toujours en forêt mais qui longe la mer. Il faut s’imaginer, à marée basse, des milliers d’oiseaux qui viennent chercher leur pitance dans la vase, la mer plate et lisse qui se perd dans la brume, la forêt humide et émeraude, le sentier entre boue et racines.

Parfois, les arbres s’animent. Des branches tombent (éviter de rester dessous). Ce sont des petits singes qui batifolent 30 m plus haut. On attrape des torticolis à les suivre. Autre classique, prendre le chemin de Loyola jusqu’au sommet de la colline (après cet arbre énorme -photo) et emprunter la crête sur un sentier non balisé.

En explorant les sentiers, on tombe sur des abatis (zones de déboisement) sauvages et des logements rudimentaires (photo)

Les habitants ont défrichés les alentours pour faire un jardin à l’haïtienne: un peu de mais, de pois, de bananas et d’arbres a pain.

On rejoint ensuite le sentier du Rorota, un grand classique de la promenade du weekend. Un sentier rejoint ensuite le fort Diamant sur la route des plages.
Voilà notre routine. Je vous parlerai plus tard de celle du travail. Le semaine prochaine, on s’éloigne un peu: trail en forêt près de Kourou!