Précarité « environnementale »

J’ai commencé une collaboration avec l’INSERM de Caen pour réaliser une cartographie de la précarité en Guyane. C’est parti d’un questionnement sur la façon la plus appropriée de mesurer la précarité d’un patient en recherche clinique.

Mais cela pourrait avoir bien sûr des applications en santé publique. En métropole, on utilise un score appelé EPICES mais qui ne marche pas bien ici. L’INSERM utilise les données du recensement. Çà ne marche pas bien non plus en Guyane: la plupart des gens ne sont pas recensés. Pourtant, on peut aisément avoir une idée de la précarité d’une personne en connaissant sa zone d’habitation.

La photo ci-dessus a été prise juste à coté de chez nous (on passe devant pour aller à l’hôpital). C’est ce qu’on appelle un quartier informel, c’est à dire pas d’eau courante (il y a une pompe à l’entrée), pas d’électricité, pas de voirie (containers également à l’entrée) et bien sûr pas de route. La plupart des habitants sont manifestement haïtiens. Les tôles sont là pour la sécurité mais aussi pour empêcher les rats de rentrer dans les cours. A l’intérieur, les habitations ne sont pas forcément des taudis. Il peut y avoir des habitations en dur tout à fait correctes et bien entretenues. Ce quartier occupe une partie du versant de la montagne du Tigre avec des rues en terre rouge qui descendent sans lacet vers la route des Encens. Ça rappelle tout de même beaucoup Port au Prince.

En face, on a construit une cité (Mont Lucas I, II et III) pour tenter d’ »éponger » le quartier informel. Il y a également un lycée sur la route de Tarzan, juste après la route des Encens. Mais on voit bien que le rythme des nouvelles constructions ne peut suivre celui des primo-arrivants.

Sur la route de Kourou, ces quartiers informels occupent une partie du littoral (pk13, pk16….). Là aussi on voit de tout, de superbes maisons et des habitats plus précaires. C’est à pk16 que je suis allé mener une action de prévention contre l’Hantavirus, transmis par les déjections de rats. La route est défoncée mais le quartier installé et organisé comme en témoignent les boîtes aux lettres (photo). Certains habitants sont installés depuis des années, d’autres ne sont là que depuis quelques mois. Peut-être repartiront-ils ailleurs. Ces quartiers sont mouvants. Leur composition peut changer, leur localisation aussi.


Laisser un commentaire